Guilde Du Festival Du Dragon Hivernel [FDDH]

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    Lien de la Destinée - chapitre 1

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    Vito Red [FDDH]
    Admin

    Nom de ma guilde : [FDDH] Messages : 211
    Date d'inscription : 22/02/2011

    Lien de la Destinée - chapitre 1

    Message  Vito Red [FDDH] le Ven 2 Mar 2012 - 23:02







    I

    Fous et adorateurs
    — Ne bouge plus !
    L’énorme loup leva la tête, son regard flamboyait de férocité.
    — Reste totalement immobile !
    Personne au monde ne pouvait ordonner à Garm de ne plus bouger. Après tout, c’était un loup sinistre, cinq pieds au garrot et une montagne de muscles, une fourrure noire et des yeux rouges. Il était fait pour bondir, pourchasser et abattre, pas pour rester immobile. Pas pour écouter. Et pourtant, il le faisait.
    Pour Eir Stegalkin.
    Garm tourna le regard vers la guerrière norn. Elle aussi était de grande taille, ses mains montèrent jusqu’à une douzaine de pieds pour prendre dans ses énormes mains un maillet accroché là. Ses yeux ne quittaient pas Garm qui lui renvoyait son regard et essayait de prendre un air féroce.
    Ce n’était pas qu’il craignait cette femme et son lourd marteau, qu’elle abattit justement avec une force colossale sur un gros burin pour arracher un éclat de granit d’un énorme bloc. Garm risqua un coup d’oeil à ce bloc, informe et tailladé de coups de burin. Bientôt, ce serait une statue. Une statue de lui-même. Mais ce n’était pas la seule raison qui le forçait à ne pas bouger.
    Il se tenait tranquille parce qu’elle était le maître.
    Le maillet s’abattit à nouveau, le burin arracha un nouveau fragment. D’autres tombèrent au sol, d’abord de gros éclats, puis de plus petits, puis enfin une pluie de petits morceaux.
    La silhouette de Garm prenait forme.
    Eir recula de deux pas et essuya son front trempé de sueur. Ses traits étaient ciselés, son regard vert sombre, elle avait noué en arrière ses longs cheveux roux en une queue maintenue par une lanière. Le tablier de cuir qu’elle portait laissait ses bras nus, mais protégeait son torse et ses jambes des éclats de pierre. Son regard se durcit quand elle examina la tournure de son travail.
    — Voilà qui pourrait s’annoncer comme un véritable chef-d’oeuvre.
    Garm fit le tour de l’atelier dans lequel se trouvait le reste de ses sculptures. Un ours des glaces dressé, un énorme élan avec des bois de seize pieds, un serpent des neiges dont les premiers anneaux reposaient sur le sol et la tête montait presque jusqu’au plafond et, bien entendu, son armée de guerriers norns capturés dans le bois ou la pierre. Elle n’avait pas eu l’intention d’en réaliser autant, mais les sujets s’étaient accumulés au fur et à mesure, les statues représentant ceux qui étaient partis combattre le Rejeton du Dragon, le champion du dragon ancestral Jormag.
    Il ne restait d’eux que ces sculptures.
    — Salutations, maison de Stegalkin ! lança une voix derrière la porte.
    La tête d’un guerrier norn apparut dans l’entrebâillement, avec une longue queue-de-cheval et un visage allongé.
    — Par l’ours, il y a du monde là-dedans !
    — C’est des statues ! lui indiqua une voix dans son dos.
    Le guerrier hocha la tête, sa chevelure s’agita comme pour chasser les mouches.
    — Mais bien sûr, c’est des statues. C’est pour ça qu’elles sont là.
    Il marqua une pause pour laisser échapper un hoquet.
    — Bientôt, l’une d’elles sera moi. Enfin, je veux dire que j’aurai ma propre statue. Par le corbeau, ta bière est sacrément forte, Uri !
    Eir resta immobile, seule battait la veine sur sa tempe.
    — Les mécènes, dit-elle, puis elle se dirigea vers la porte, son maillet et son burin toujours en main.
    Garm quitta sa place et la suivit.
    Le norn faillit trébucher en avant.
    — Vous avez rassemblé tout votre courage pour venir, fit remarquer Eir. Et fait le plein de houblon aussi.
    — Exact ! répondit le norn en désignant un groupe d’une vingtaine d’autres guerriers qui se trouvaient dans la cour.
    Je suis Sjord Poing-glacé.
    — Sjord Pain-glacé ? répondit Eir en écorchant son nom et en levant un sourcil.
    — Exact ! Et je suis venu par le léopard des neiges, le corbeau et l’ours… et toutes les bêtes vivantes… pour déclarer la guerre au Rejeton du Dragon !
    Eir hocha la tête avec une moue approbatrice.
    — Je crains que tu ne te sois trompé d’endroit. Je ne suis pas le Rejeton du Dragon.
    Sjord éclata de rire.
    — Mais je sais bien ! Tu es une norn, comme moi !
    — Pas exactement comme toi.
    — Mais non, bien sûr, poursuivit Sjord qui sembla soudain retrouver toute sa lucidité. Tu es une artiste. Alors que moi je taille dans les monstres, toi, tu tailles dans la pierre.
    Les guerriers dans la cour rigolèrent.
    Eir semblait envisager la possibilité de planter son burin dans la tête du norn à grands coups de maillet.
    — Sauf ton respect, hein ! Il faut bien quelqu’un pour faire nos statues !
    Garm leva un oeil vers sa maîtresse, il se demandait pourquoi elle n’avait pas encore tué cet insolent. Elle aurait pu. Lui et tous ses sbires. Ou Garm aurait pu le faire. Un seul mot d’elle et il se serait jeté à la gorge du norn, mais Eir ne prononça pas ce mot.
    — Tu veux une statue à ton image.
    Sjord leva un doigt vers son nez, signalant qu’elle avait parfaitement deviné.
    — Choisis n’importe laquelle de ces statues, lui dit-elle en montrant du bras la collection derrière elle. Tous étaient de braves fous, tout comme toi, qui après avoir bu un coup de trop, ont décidé qu’ils avaient un monde à sauver. Tu n’es pas le premier à te présenter à moi, chacun de ceux-là a décidé d’en finir avec le Rejeton du Dragon.
    La grimace ironique de Sjord ne fit que s’élargir.
    — Alors, on se comprend, tous les deux.
    Et il lui posa un petit sac rempli de pièces dans la main.
    Eir regarda le sac, puis releva les yeux vers lui.
    — Reprends ton or. Va te louer une chambre et dors. Tu n’as aucune chance de vaincre le Rejeton du Dragon.
    Sjord recula d’un pas, outré, les guerriers dans son dos cessèrent tout net de ricaner.
    — Tu es en train de dire que je devrais renoncer ? Tu es en train de dire que notre peuple devrait accepter d’être jeté hors de ses terres ? Pourquoi t’opposer à quelqu’un qui voudrait lutter contre notre ennemi ?
    — Je ne m’oppose pas, je me contente de t’avertir.
    — M’avertir de quoi ?
    — Tu ne peux pas vaincre le Rejeton du Dragon. Tu iras en effet le combattre, mais tu finiras par combattre pour lui.
    Sjord secoua la tête.
    — Je vais le combattre et le tuer, et tu commémoreras mon oeuvre. Voilà pour ton dédommagement.
    Eir dénoua la cordelette. Le petit sac contenait une petite fortune en pièces d’argent. Elle soupira.
    — Très bien, Sjord Poing-glacé. Allons te choisir un beau bloc de bois pour ton mémorial.
    — Monument, tu veux dire ! corrigea-t-il. Et il sera en pierre, pas en bois.
    — L’argent permet d’acheter le bois. L’or permet d’acheter la pierre.
    Sjord pencha la tête de côté.
    — Bon, en bois, alors.
    Eir l’écarta de la main et sortit dans la cour, Garm trottinant toujours sur ses talons.
    — Le sapin est de toute façon meilleur que la pierre, lança-t-elle en passant devant plusieurs blocs minéraux et troncs d’arbres. Le sapin est vivant. Il pousse sur la pierre, ses racines la transforment en sable.
    — Oui, admit Sjord alors que renaissait cette étincelle dans ses yeux. Lequel de ces troncs deviendra ma statue ?
    — Celui-ci, répondit Eir en s’arrêtant devant un spécimen de trois pieds de large et dix de haut. Celui-ci va
    t’immortaliser.
    Sjord examina le tronc comme s’il y voyait déjà sa propre silhouette. Il hocha doucement la tête.
    — Parfait. Sculpte-moi.
    Eir fit une moue évaluatrice, puis fit basculer le tronc par-dessus son épaule et alla le poser debout au centre de la cour.
    — Viens te mettre là.
    Sjord alla se placer à l’endroit indiqué et fit signe à ses
    guerriers qui vinrent se regrouper autour de lui dans un enthousiasme alcoolisé.
    — Ne bouge plus ! lança Eir.
    Sjord leva le menton et prit une expression qu’il voulait féroce.
    Garm éprouva un peu de sympathie à l’égard du norn, en tout cas, de la compréhension.
    Pendant que le norn prenait la pose, Eir retourna vers son atelier. Elle ressortit peu après avec autour de la taille une ceinture supportant une douzaine d’instruments, allant du ciseau à la hachette, en passant par différents couteaux. Les guerriers l’observèrent lorsqu’elle alla se placer devant le tronc de sapin.
    — Esprit du loup, guide mon bras !
    Quelques soldats pouffèrent de rire, mais ils se calmèrent rapidement dès qu’Eir tira ses deux premiers instruments de sa ceinture, deux hachettes, une dans chaque main. Les deux armes entamèrent de lents cercles au-dessus de la tête de la norn.
    Garm s’assit et se prépara à la démonstration qui allait suivre.
    Ces guerriers n’avaient pas la moindre idée de ce qu’ils avaient déclenché. Eir n’était pas un vulgaire sculpteur. Elle ne venait pas de prononcer une simple prière. Il s’agissait d’une invocation destinée à canaliser dans son art les énergies de la forêt.
    Et c’est ce qui se produisit.
    De ces tourbillons d’acier, s’abattit une hache qui alla
    détacher un pan de bois en bordure du tronc. L’autre hache suivit comme un éclair et fit de même de l’autre côté. Les deux lames remontèrent et retombèrent. Le large tronc perdit en épaisseur, on commençait déjà à discerner une silhouette.
    Sjord ne posait plus, il était bouche bée.
    Eir commença à tourner autour du tronc, ses haches s’abattaient en rythme, arrachant tout fragment qui n’était pas Fjord Poing-glacé. Au milieu de sa danse extatique, les deux haches furent remplacées par deux plus petites. Elles mordirent dans le bois, enlevant toujours plus de matière et transformant le tronc en une représentation de bipède.
    — Redresse-toi ! rappela-t-elle à l’ordre sans même s’arrêter.
    Sjord retrouva immédiatement son attitude martiale.
    Et ce fut juste à temps, car les dagues et les ciseaux ne tardèrent pas à sortir à leur tour, leurs manches ouvragés de manière à faciliter leur prise en main. C’était maintenant de fins copeaux de bois qui commençaient à s’accumuler tout autour de la base de la statue.
    — Mais c’est moi ! s’exclama Sjord dans un souffle.
    Et c’était bien ce qu’il semblait, le tronc avait désormais l’apparence d’un norn.
    — Ours, guide mon bras !
    Les couteaux et ciseaux retrouvèrent leur place dans la
    ceinture et le travail se poursuivit à coups de griffes, précisant les contours de la silhouette. Et ce n’était plus une stature de guerrière norn sous ce tablier, mais celle d’un grizzly. Elle avait pris sa forme animale, comme transfigurée par son art.
    Lorsqu’elle recula pour examiner son oeuvre, la forme d’ours s’estompa pour redevenir Eir Stegalkin, artiste et guerrière. Elle recula, épuisée, pour s’appuyer sur un banc et étudier le résultat.
    Il était stupéfiant. La sculpture représentait un norn, Sjord Poing-glacé, figé dans le bois. En fait, le modèle et la statue se tenaient face à face en affichant une si semblable stupeur que l’on aurait pu les confondre.
    Les guerriers entonnèrent un chant.
    — Sjord ! Sjord ! Sjord ! Sjord !
    Ils soulevèrent en triomphe celui qui les conduirait vers leur destinée.
    — Pas moi ! protesta Sjord en rigolant. La statue ! La statue !
    Les guerriers reposèrent leur chef au sol et entourèrent la statue.
    — Au marché ! Au marché ! crièrent-ils avec enthousiasme. Sjord restera à jamais au marché !
    — Et nulle part ailleurs, grommela Eir.
    Garm vint se placer contre elle. Elle était épuisée. Ces instants extatiques de création la laissaient toujours à bout de force. Elle baissa les yeux sur Garm.
    — Il ne nous sauvera pas. Il est même incapable de se sauver lui-même.
    Cette nuit-là, Eir ne trouva pas le sommeil. Garm avait très souvent assisté à cela. Les retournements dans le lit, les cent pas, les murmures, les croquis. Elle était en pleine conception.
    Garm se leva de sa couverture, trottina jusqu’à l’établi et examina le croquis.
    Il s’agissait d’une armée de bois et de pierre.
    Durant une semaine entière, elle ne sculpta rien et se contenta de dessiner dans son atelier, ou de traverser en long et en large la cour, ou même de marcher jusqu’aux ponts qui reliaient Hoelbrak aux Cimefroides. Garm avait déjà vu ce regard. Eir attendait quelque chose. Il le savait à la manière dont elle aiguisait ses lames et graissait son arc.
    ***
    Deux semaines plus tard, alors que le soleil froid descendait dans les nuages, les sentinelles d’Hoelbrak donnèrent l’alerte.
    — Invasion ! Invasion ! Créatures des glaces !
    Eir leva la tête de son croquis, puis se précipita vers le mur où était suspendu son équipement de combat. Elle se débarrassa rapidement de sa tunique de travail pour passer une cuirasse de bronze. Elle serra les courroies et prit une cape de laine, chaussa ses bottes et attrapa un carquois rempli de flèches. Elle boucla également autour de sa taille sa ceinture chargée d’outils de sculpture.
    Elle regarda Garm.
    — Ce jour, je vais à nouveau sculpter Sjord Poing-glacé, lui dit-elle en attrapant son arc. Viens, ajouta-t-elle en lui montrant la porte.
    Garm suivit sa maîtresse dans la cour, les cris des sentinelles étaient déjà rejoints par les bruits de bottes. Eir fonça dans la ruelle, Garm galopait à ses côtés. Bjorn le forgeron les vit arriver et sortit de son atelier, un plastron d’acier à peine attaché autour de son torse encore fumant. Ils passèrent devant l’échoppe du tisserand, Silas en sortit avec son arc court et son carquois. Olin le joaillier et Soren le charpentier les rejoignirent, ils étaient les artisans de la bourgade et Eir était leur chef.
    — Certaines de ces créatures des glaces ressembleront à des norns, leur expliqua-t-elle alors qu’ils couraient vers le pont nord. Mais ce n’en sera pas. Ils ont tout juste été corrompus, leurs esprits volés par le Rejeton du Dragon. Ils seront toujours de chair et de sang, et les tuer sera comme tuer votre propre famille.
    Bjorn secoua la tête avec colère.
    — Nous envoyons nos simples d’esprit vers le nord, et le Rejeton renvoie ses armées vers le sud.
    — Il existe d’autres créatures des glaces encore plus dangereuses, insista Eir. Ce sont des bêtes décérébrées. Il n’existe aucune possibilité de les raisonner, il faut juste les neutraliser.
    Près d’elle, Silas acquiesça. Ce n’était qu’une jeune norn, tout juste en âge de combattre.
    — Donc, pour celles qui ressemblent à des norns, les flèches suffiront, n’est-ce pas ? demanda-t-elle en préparant son arc court.
    — Tout à fait. Nous devons en tuer le plus possible dans la toundra avant qu’ils n’atteignent les forts, mais la horde est imposante et elle franchira les forts, puis atteindra les ponts et le Hall de la Chasse. Alors, nous ne manquerons pas
    d’ouvrage, ajouta-t-elle à l’attention de tout son groupe.
    Il n’était plus temps de discuter. Le groupe s’engagea en courant sur un pont qui reliait Hoelbrak aux champs qui s’étendaient au-delà. L’extrémité du pont était protégée par un ouvrage défensif en bois déjà tenu par de nombreux guerriers, dont Knut Ours-blanc et ses combattants d’élite, les Fils du Loup. D’autres norns accouraient de partout.
    Eir mena son groupe au-delà du gros des défenseurs, jusqu’à une ligne de défense plus légère où elle examina les étendues vers le nord. Des mousses et du lichen recouvraient le sol à perte de vue, l’horizon était fermé par de hautes montagnes de glace.
    — Je ne vois rien, dit Silas qui reprenait son souffle.
    — Là, lui répondit Eir.
    Une horde brutale émergea des brumes. Une première douzaine se montra tout d’abord, trop peu pour prétendre tenir tête à la centaine de norns qui tenait ce pont. Mais d’autres apparurent un instant plus tard, puis d’autres encore à chaque instant qui suivit. Les créatures des glaces furent bientôt aussi nombreuses que les norns, puis rapidement deux fois plus nombreuses.
    — S’agit-il d’anciennes créatures ou de nouvelles ? demanda Silas. J’ai du mal à voir.
    — Des récemment corrompues, pour la plupart, répondit Eir.
    En fait, les créatures ennemies étaient entièrement recouvertes de givre, leurs yeux étaient morts.
    — Avec des flèches, alors ! dit Silas en bandant son petit arc de ses mains un peu tremblantes.
    — Oui, Silas, répondit Eir en sortant deux flèches de son carquois et en bandant son propre arc. Attends qu’ils arrivent à hauteur de ce lichen rouge, pour que tu puisses les voir et qu’ils soient à portée de ton arc.
    Puis Eir lâcha la corde de son arc et ses deux flèches montèrent haut, semblant ne jamais vouloir redescendre. Elles s’évanouirent dans le ciel qui s’obscurcissait, mais quelques instants plus tard, deux silhouettes basculèrent en arrière. À peine eurent-elles touché le sol qu’elle tira deux nouvelles flèches et alors qu’elles montaient encore vers le ciel, elle en décocha deux autres.
    Quatre créatures abattues. Six. Huit. Puis d’autres archers ouvrirent le feu. À plusieurs douzaines, ils abattirent de nombreux ennemis, mais les envahisseurs étaient plusieurs centaines et la horde ne ralentit même pas. Quand elle arriva à hauteur des lichens rouges, Silas tira sa première flèche qui alla se ficher dans le front glacé d’une créature.
    — Pas encore durcies ! s’écria-t-elle. Descendez-les !
    L’ennemi était maintenant assez près pour être entendu et ses hurlements leur parvinrent. Les créatures avaient été plongées dans la folie par leur désir de servir leur maître.
    Eir avait déjà presque vidé son carquois et elle ficha ses deux dernières flèches dans des poitrines gelées. La horde percuta la petite balustrade en une vague furieuse.
    — Loup, guide mon bras, murmura Eir.
    Ses yeux brillaient de la ferveur des combats et ses mains maniaient ses haches. Elle les fit tournoyer au-dessus de sa tête en un ouragan d’acier.
    Une créature, nouvellement corrompue, se jeta par-dessus la balustrade en faisant tournoyer sa hache.
    — Meurs !
    Eir bondit en arrière pour échapper à la lame, puis elle abattit les siennes pour entailler son adversaire depuis l’épaule jusqu’au ventre.
    Un nouveau norn mort sauta par-dessus l’ouvrage de défense et se jeta vers elle.
    Son autre hache fit un arc de cercle et brisa l’homme comme un pain sec.
    — Repliez-vous ! cria Eir. Laissez-les franchir la balustrade !
    Les artisans obéirent et reculèrent tout en continuant d’abattre leurs massues, haches et épées.
    Eir était au milieu de la mêlée, ses poignards et ses ciseaux à bois dansaient dans ses mains comme si elle sculptait dans la glace au lieu du bois. Ils arrachaient des pans de chair et de peau.
    Près d’elle, Garm se jetait à la gorge de l’ennemi et en tuait davantage.
    Bjorn martelait les créatures comme s’il s’était agi de plaques d’acier.
    Olin et Soren luttaient dos à dos, gourdin et barre de fer firent un véritable massacre.
    Ce qui ne laissait que Silas, la jeune tisserande, qui avait pu abattre deux créatures avant qu’elles n’atteignent leur position.
    Maintenant, deux autres s’en prenaient à elle. L’un lui ouvrit le ventre alors que l’autre lui écrasa le visage.
    Eir entendit Silas crier, elle se retourna et enfonça l’une de ses lames dans le dos de l’un de ses agresseurs. L’acier plongea profondément et un liquide poisseux et rouge s’échappa de la blessure. Le norn couvert de givre tituba à l’écart de Silas, Garm se jeta à la gorge de l’autre et le secoua comme une poupée de chiffon.
    Eir baissa les yeux sur le corps de la tisserande, son amie.
    Il n’y avait plus rien à faire. Silas était morte.
    Le visage en charpie et le ventre ouvert.
    Eir gronda, ses lames tranchèrent les gorges de deux assaillants de plus, ils basculèrent en arrière alors qu’un autre s’avançait, un individu avec une longue queue-de-cheval.
    Elle connaissait ce norn, même si son visage était très abîmé, son nez tordu de côté, ses dents brisées, là où un énorme poing l’avait violemment frappé. Ses chairs étaient couvertes de glace. Ses yeux étaient blancs, emplis de la fureur du Rejeton du Dragon.
    — Ours, guide ma main, implora Eir en faisant un pas en avant.
    C’était comme si elle était de retour dans sa cour. Une
    véritable tempête d’acier s’abattit et mit en pièce cette créature qui n’était plus Sjord Poing-glacé. Elle se transforma en ours et le travail des ciseaux fut remplacé par celui des griffes. La seule différence, cette fois-ci, fut qu’elle taillait dans de la chair ou lieu du bois.
    L’ours maculé de sang finit par reculer en ne laissant autour d’elle que des monceaux de viande.
    C’est sous cette forme qu’elle livra le reste de la bataille. C’est ainsi qu’elle vengea la mort de Silas et qu’elle défendit Hoelbrak.
    Une fois les combats terminés, les défenseurs furent victorieux. Et pourtant, il semblait que le Rejeton du Dragon avait triomphé.
    ***
    De retour dans son atelier cette nuit-là, la norn trempée de sang ôta son armure. Elle versa des baquets d’eau chaude dans une barrique et entreprit de se débarrasser des restes de la bataille. Elle se vêtit ensuite d’une simple tunique et se servit de la même eau pour nettoyer son loup.
    Trempé, Garm alla s’enrouler sur sa couverture. Il plongea rapidement dans un profond sommeil, hanté par les monstres qu’il venait de combattre.
    Eir, pour sa part, était hantée par quelque chose d’autre. Elle déambula parmi son armée de statues jusqu’à arriver à celle devant laquelle elle s’arrêtait toujours. Elle représentait un norn âgé, son dos qui avait dû être fier et droit était légèrement voûté, son crâne chauve, son regard profond. Mais il affichait cependant un sourire rempli d’espoir.
    — Nous les avons repoussés, père, dit-elle simplement en baissant les yeux aux pieds de la statue. J’aurais aimé que d’autres les aient repoussés pour toi.
    Sa main se plaça dans celle glacée de la statue de pierre. Elle l’avait sculptée de mémoire, elle en connaissait parfaitement les contours à force de l’avoir tenue quand elle était enfant, avant que les créatures des glaces ne viennent.
    — Je vais tuer le Rejeton du Dragon, père. Je vais le tuer et faire de même pour tous les dragons ancestraux.


    Source:
    Spoiler:
    http://www.bibliothequeinterdite.fr/


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